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Zoom sur Tenderloin

Tenderloin, c’est un peu le quartier mal-aimé de San Francisco. Le quartier que certains réceptionnistes à l’hôtel disent d’éviter « parce qu’il y a beaucoup de sans abris ». Après tout « on ne sait jamais, même si San Francisco c’est super safe, ça reste une grande ville, et tout peut arriver… »

San Francisco : Zoom sur Tenderloin

Tenderloin, si vous vous demandez, ça se situe là :

Tenderloin carte

Tient, pas loin de Powell Street et de son cable car qui fait demi-tour, Union Square et le Financial District en sont à la « frontière », et le Hilton se trouve en plein dedans !

Je vais être honnête avec vous : je suis allé 2 fois à San Francisco en touriste, et une fois pendant 3 mois pour y faire un stage. Et à chaque fois ça n’a pas loupé. 2008, à l’hôtel : « Alors, l’hôtel est là, et il vaudrait mieux que vous évitiez les rues situées dans ce triangle (*dessine sur la carte*) parce qu’il y a beaucoup de SDF. » 2010, à l’auberge de jeunesse : Même discours quasiment mot pour mot. 2015, à la résidence : « Alors on se trouve juste à la sortie de Tenderloin (en fait non, essaie pas de m’arnaquer, je vivais pile à l’angle de O’Farrell et Powell Street… donc dans Tenderloin) donc évitez d’aller dans ces rues-là, il y a pas mal de SDF… c’est pas que c’est dangereux, mais bon on ne sait jamais, certains n’ont plus toute leur tête alors bon…« 

Bon…

Oui, il y a beaucoup de SDF. En effet, certains d’entre eux, pour des raisons X ou Y (ou M comme Marijuana) n’ont plus toute leur raison. Oui, des choses peuvent arriver. Mais, à mon avis, pas plus qu’à Paris, New York, ou ailleurs ! Je me suis souvent baladée seule dans le quartier, parfois pendant la nuit pour rentrer chez moi (bon, là, c’était plutôt « je trace et je ne regarde ni à gauche ni à droite », ne cherchons pas les ennuis non plus), d’autres fois pour monter jusqu’à Russian Hill via Hyde Street ou aller à Japantown. Et honnêtement, des problèmes, j’en ai eu plus dans le métro parisien 😉

Je ne dis pas que la mauvaise réputation de Tenderloin n’est pas méritée : je pense qu’en effet, il peut se passer des bricoles comme dans n’importe quelle grande ville. Bien sûr, si on compare, je dirais qu’il est plus probable que cela arrive ici qu’à Pacific Heights ou dans les beaux côtés de Russian Hill (tout simplement parce que là bas, bizarrement, aucun SDF en vue !) mais ça ne veut pas dire qu’il arrivera forcément quelque chose. La plupart du temps, les sans-abris sont là, sur le trottoir, parfois ils demandent de l’argent mais la plupart d’entre eux ne font même pas attention à vous.

Je ne voulais pas faire une introduction si longue à cet article que je voulais comme tous les autres « Zoom sur un quartier » mais ça me semblait important à préciser pour plusieurs raisons : la première, c’est que quand vous arriverez à votre hôtel, vous aurez probablement droit à ce petit discours de « attention n’allez pas là bas » ; la seconde, c’est que si vous arrivez par les transports en commun depuis l’aéroport et que vous marchez jusqu’à votre hôtel qui se trouve à ou aux alentours de Tenderloin, vous allez avoir un choc : oui, il y a beaucoup de SDF et oui, vous êtes bien à San Francisco 🙂

Bref, maintenant que c’est fait, rentrons dans le vif du sujet !

Tenderloin, c’est où ?

Comme nous l’avons vu sur la carte, Tenderloin se situe juste au sud de Nob Hill, entre Union Square et le Civic Center.

Pratique par sa situation quasi centrale (non loin du quartier financier mais aussi des transports en commun), les façades un peu miteuses et les panneaux décrépis n’encouragent pas forcément les gens à s’y balader, encore moins à y habiter s’ils peuvent l’éviter. Cela change un peu dans le coin nommé « Upper Tenderloin » (à la frontière de Nob Hill) qui devient à la mode pour sortir !

Un peu d’histoire

Tenderloin est devenu un quartier résidentiel dès les débuts de la ruée vers l’or, en 1849, mais n’a pris ce nom que dans les années 1930. Au 19ème siècle, c’était un quartier avec une vie nocturne très active (ça l’est toujours, le quartier des théâtres s’y situe). Malheureusement, le quartier fût détruit dans le tremblement de terre de 1906 et par les feux tactiques allumés par les pompiers pour contenir l’incendie déclenché par le séisme. Néanmoins, le quartier fut rapidement reconstruit avec des hôtels et des immeubles d’habitation, des théâtres, des restaurants et, durant la prohibition, des « speakeasy » (bars clandestins).

Dans les années 60, de célèbres jazzmen comme Miles Davis ou Dave Brubeck enregistrèrent des albums live dans le club de jazz le plus connu, le Black Hawk.

Dans les années 70, après le dépeuplement du quartier, de nombreux réfugiés se logèrent dans les appartements à bas coûts (vietnamiens, cambodgiens, laotiens…), lui redonnant vie.

Depuis plusieurs années, le problème des sans-abris, le trafic de drogue, les clubs de strip-tease voire la prostitution donnent sa réputation assez miteuse au quartier. Heureusement, des mesures sont prises (par la municipalité mais surtout par les communautés religieuses, les soupes populaires, les associations et l’Armée du salut).

Tenderloin, a Historic District

Depuis juillet 2008, les 33 blocs de « Uptown Tenderloin » ont été inscrits sur la liste du National Register of Historic Places grâce à ses 400 bâtiments historiques (par exemple, l’Alcazar Theater au 450 Geary st, l’hôtel Hamlin au 385 Eddy St, et beaucoup d’autres, pas forcément des hôtels ou des théâtres d’ailleurs). La municipalité en est plutôt fière, et tente de montrer le quartier sous une nouvelle lumière, afin de booster le tourisme. Elle a également lancé des projets de rénovation et de préservation de certains bâtiments pour réhabiliter le quartier.
Des plaques marquent même certains endroits importants comme le Blackhawk Jazz Club (Turk and Hyde st), un célèbre club de musique, ou le Wally Heider Recordings (245 Hyde St), un studio d’enregistrement où les Grateful Dead, Carlos Santana et bien d’autres ont travaillé.

Alcazar Theatre San Francisco

L’Alcazar Theatre

Que faire à Tenderloin ?

Le quartier des théâtres fait partie de Tenderloin, dont les plus connus sont le Geary, le Golden Gate et Orpheum Théâtres, EXIT Theater (qui produit le festival Fringe), le Phoenix Theater, le Off-Market Theater, et bien d’autres. Il y a également des salles de concert comme le Great American Music Hall et le Warfield Theater.

Certains bars clandestins datant de la Prohibition sont toujours là, comme le Bourbon and Branch (au coin de Jones et O’Farrell) (au sous-sol, avec des décorations d’époque). Beaucoup de bars proposent des soirées avec musique live de tous les styles (du jazz au rock). Un petit piano duelling ça vous dit ? Parce que j’ai passé une super soirée !

De nombreux restaurants (asiatiques pour la grande majorité) valent le détour : Pakwan (pakistanais, 501 O’Farrell St au croisement de Jones), Shalimar (Indien, 532 Jones St non loin de O’Farrell) et Bodega Bistro (Vietnamien, 607 Larkin St au croisement d’Eddy St) ont été testés et approuvés personnellement. Bien sûr, il y en a un paquet d’autres dans le quartier, alors ne vous arrêtez pas aux façades peu reluisantes, car la cuisine à l’intérieur est bien souvent excellente !

On peut aussi trouver beaucoup de « murals » (bien que le meilleur quartier pour en voir soit Mission) et de galeries (White Walls, Ever Gold Gallery, Space Gallery)

Mural, Tenderloin, San Francisco

Enfin, Glide Memorial Church est la meilleure église pour écouter du gospel le dimanche matin et se trouve à Tenderloin. Cette église développe également plusieurs programmes d’aide aux résidents les plus pauvres du quartier, par des distributions de nourriture et autres services.

La violence à Tenderloin

Dans les années 60-70, des gangs régnaient par la violence dans le quartier, et depuis, la vente et la consommation de drogue sont restés des problèmes. Bien sûr, les statistiques montrent que les actes de violence sont plus élevés ici que dans les autres quartiers, et sont le plus souvent liés à la drogue. Cela a atteint des proportions alarmantes autour de 2007 ; en 2014, une nouvelle loi interdit de se garer dans Turk Street afin d’empêcher les activités illégales « cachées » ; apparemment, la vente de drogue en a été réduite…

Bien sûr, ne tentez pas le diable : traverser le quartier à pieds, de jour, pourquoi pas (je le faisais tout le temps 😉 ) mais parler à tout le monde, se balader l’appareil photo numérique super cher à la main, ou le portefeuille dépassant largement du sac : non. De même, évitez de garer votre voiture à Tenderloin si vous le pouvez (mieux vaut se garer plus loin et marcher un peu, ou ne pas avoir de voiture du tout à SF, les transports en commun sont suffisants !)

Marchez d’un pas décidé en ayant l’air de savoir où vous allez, vous risquerez moins de faire une rencontre un peu bizarre. Si vous ne vous sentez pas à l’aise, ne traversez pas le quartier la nuit ou ne vous y attardez pas si vous sortez d’un théâtre par exemple. Si vous ne le sentez pas, changez de quartier ou prenez un taxi / Uber et allez ailleurs 🙂 et évitez le Civic Center !

Pour finir, je suis certaine que tout n’est pas « noir » dans ce quartier. Oui, il y a une grosse concentration de sans-abris, oui il y a de la drogue, mais il y a beaucoup d’autres choses pour ceux qui veulent bien les voir !


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San Francisco : Zoom sur Tenderloin

6 thoughts on “Zoom sur Tenderloin

  1. Bonjour !
    Merci pour votre article très honnête et mesuré sur ce quartier mal aimé qu’est le Tenderloin et pourtant si intéressant !
    Il conviendrait peut-être de citer le petit musée du Tenderloin qui est très agréable et instructif ainsi que les walking tours proposés par Del Seymour, vétéran, ancien SDF qui agit en faveur des personnes défavorisées du quartier.

    1. Bonjour Pascale,
      Merci beaucoup pour ce commentaire ! En effet j’ai oublié le musée, je vais y remédier. Par contre je ne connaissais pas ce walking tour je me demande comment j’ai pu passer à côté de ça. Merci pour l’info !

  2. Nous avons passé 3 jours en mai à SF en logeant à l’hôtel Cova sur Ellis Street. Le quartier est effectivement rempli de homeless (impressionnant de les voir s’organiser en début de soirée et aligner leurs sacs de couchage en pleine rue pour passer la nuit) mais nous n’avons jamais ressenti d’insécurité à leur contact, tout au plus vous demandent-ils 1 cigarette ou 1 dollar et sans agressivité si vous leur refusez… La même scène dans certains quartiers de Paris peut finir beaucoup plus mal ! Si on nous proposait encore le même hotel pour un autre séjour à SF, nous l’accepterions sans souci.

    1. Bonjour Olivier !
      Merci beaucoup pour ce retour d’expérience 🙂 Je vois où se situe l’hôtel effectivement. J’espère que vous avez aimé San Francisco et que vous en avez bien profité !

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